Les arbres témoins

Quelques arbres remarquables des Baronnies

Ils nichent au fond des ravins, au pied des barres rocheuses ou élancent leurs flèches du sommet de plateaux isolés. Ils sont les hôtes de milliers d’animaux, protègent de leur ombrage et nourrissent de leurs fruits. Comme la pierre, ils sont indissociables de l’Homme, de son habitat, de ses outils, du feu.

Ils témoignent du temps, de l’histoire, des évènements.

Autrefois… sur le flanc nord du Ventoux.

Le Quercus pubescens ou chêne pubescent

À l’opposé du chêne vert[1] à feuilles coriaces et persistantes qui occupe les sols maigres ou les drailles, le chêne pubescent à feuilles caduques pousse sur des terres plus profondes.
Il est l’arbre culte par excellence. Les Romains l’associaient à Jupiter, le Père et Maître des Dieux, les druides gaulois y cueillaient le gui, Saint Louis rendait la justice sous son ombrage. Il est le symbole de force, de résistance, de longévité ; ses feuilles servant de modèle ornemental aux képis et parements de manches ou de cols des uniformes militaires.
Son bois dur donnera du labeur aux charrons, aux tonneliers, aux charpentiers, aux charbonniers. Il servira aussi à l’édification des flottes royales. De très nombreux chênes de la vallée du Toulourenc seront abattus et rejoindront ainsi le port militaire de Toulon.

Aujourd’hui, en limite des communes de Reilhanette et de Savoillans, dans le ravin de Briançon, un superbe spécimen s’élève, imposant et majestueux, comme planté là depuis la nuit des temps. Il affiche près de 9 mètres de circonférence malgré un tronc creux qui ouvre son fût de haut en bas ; creux qui aurait « servi d’abri à quelques outils agricoles » d’après le souvenir de M. Louis Thibaud.

Un tel sujet éveille bien des questions et en premier lieu celle de son âge.  Selon le représentant ONF responsable du secteur :
                     « Il est difficile de le fixer scientifiquement.  Il faudrait l’abattre pour lire ses cernes, le carottage ne permet pas de formaliser un verdict suffisant. »
Certes, on aimerait le savoir millénaire, histoire d’embellir son panache, mais…
« la longévité du Quercus pubescens est généralement reconnue pour 5 à 600 ans au plus ; c’est le plus gros que je connaisse dans la région…il y en a encore quelques-uns. »

La deuxième question qui vient à l’esprit est de savoir comment de tels arbres ne furent pas la proie des scies ou des tronçonneuses.
« Bien souvent ils fixaient la limite de propriétés, alors on les laissait comme témoins. Souvent ce sont de forts producteurs de fruits, la glandée pour les cochons ou bien encore ils servaient de chômé pour les troupeaux. Les anciens agriculteurs y faisaient aussi la ramée quand le foin venait à manquer » ajoute mon interlocuteur.

À bien y chercher, ce gros chêne n’est pas le dernier. Non loin de là, sur le plateau calcaire au lieu dit de  Mercuès  commune de Montbrun les Bains, pousse un autre exemplaire qui développe un tour de taille de seulement 5,4 mètres ; mais il déploie des racines aériennes qui lui confèrent un aspect fort impressionnant. À Somecure, à quelques pas de la source de l’Ouvèze, un autre Quercus pubescens se distingue également. Sous le Rocher de l’Aiguille au Buis un spécimen équilibriste s’accroche aux flancs d’un ravin et résiste, « littéralement suspendu dans le vide, il se redresse naturellement en formant une crosse à sa base.[2] » Sur la commune de St Léger du Ventoux, au lieu dit de la  Barbette, deux autres, énormes mais hélas morts, élancent leurs bras décharnés comme pour implorer les cieux. Enfin, à Brantes dans le petit vallon de Comment, le long du ruisseau du Sénaris, quelques spécimens oubliés des forestiers défient le temps.

[1] On l’appelle aussi « yeuse » et de son nom latin ilex qui est la dénomination botanique du houx, dont les feuilles ressemblent fort à celle du chêne vert

[2] Voir panneau ONF du sentier botanique.

MONTBRUN les BAINS Mercuès

MONTBRUN les BAINS Mercuès

REILHANETTE Ravin de Briançon

REILHANETTE Ravin de Briançon

REILHANETTE Ravin de Briançon


St Leger du ventoux La Barbette

Ces chênes certes sont remarquables… mais d’autres arbres, qui ne payent pas de mine, comme les cades, sont beaucoup plus vieux » argumente l’agent ONF.

Le genévrier

Le Juniperus oxycedrus, dénommé aussi Cade ou Petit cèdre, est probablement une des premières plantes à avoir été exploitée par l’Homme dès la Préhistoire. Ses qualités antiseptiques, purificatrices, toniques, diurétiques et bien d’autres sont abondamment reconnues dans l’Antiquité. On dit qu’Hippocrate aurait combattu la peste à Athènes avec des fumigations de genévrier. Les Romains en tiraient une boisson dont ils raffolaient. Au Moyen-âge il symbolisait la force vitale ; les Germains le considéraient comme une plante sacrée. Il fut universellement utilisé contre la sorcellerie, pour chasser les démons ou les mauvais esprits. Au XIXe siècle, ses baies étaient brûlées dans les hôpitaux de France pour se prémunir des épidémies. L’extraction de l’huile de cade, l’onguent, à partir de son bois, est aussi connue des bergers pour usages vétérinaires.

C’est à Piegon qu’il faut se rendre, à la chapelle de Notre Dame de Cadenet et son cimetière.  Sur ce site perché, entre Aygues et Ouvèze s’élèvent de monumentaux genévriers – Juniperus oxycedrus.

Le plus grand, en bordure de la route sous la chapelle, affiche une ramure étalée sur 8 m maximum portée par un tronc court et dégagé d’environ 6 m de haut et, un tour de taille de 1,90 m pris à 1 m du sol.

En montant à Aurel depuis Montbrun les Bains, un second spécimen résiste sur un petit plateau rocheux mais hélas, ses branches furent amputées par la scie, sa ramure portée à 4,5 m de hauteur, sur un fût de 2,10 m de diamètre, ainsi sacrifiée.

Pour certains auteurs, ces cades seraient de dimensions exceptionnelles, au dessus de la moyenne, leurs âges estimés à 8 ou 9 siècles :

                           « 800 ans, ce n’est pas étonnant, ils peuvent vivre encore pendant des siècles » précise l’agent ONF, « seul le genévrier thurifère ou l’olivier peuvent supplanter le l’oxycedrus en longévité » … alors affaire à suivre !

MONTBRUN les BAINS Combe d’Aurel

MONTBRUN les BAINS Combe d’Aurel

PIEGON Notre Dame de Cadenet

PIEGON Notre Dame de Cadenet

PIEGON Notre Dame de Cadenet

PIEGON Notre Dame de Cadenet

PIEGON Notre Dame de Cadenet