Mémoires préhistoriques et protohistoriques  dans la vallée du Toulourenc

 

Mémoires préhistoriques et protohistoriques dans la vallée du Toulourenc

Le Paléolithique Moyen ou la marque des Néandertaliens 

 Les populations paléolithiques s’identifient à des notions de territoires, le pluriel s’imposant de facto, territoires composites reconnus pour leurs diverses ressources naturelles.

Localement, ces populations nous ont laissé des traces de leurs activités sur une haute berge en rive gauche du Toulourenc, le site des Ramières (André, 2006)sur la commune d’Entrechaux et plus largement dans le bassin de Mollans-sur-Ouvèze en divers gisements découverts en prospections et ramassages de surface.

Les traces du Paléolithique Supérieur et du Mésolithique

La reconnaissance des gisements du Paléolithique Supérieur et du Mésolithique apparaît marginale au sein de ce territoire.

Leur distribution spatiale est éparse, souvent limitée à quelques pièces.

La « …station Magdalénienne à Montbrun »ainsi définie par Roger Valentin du Cheylard en 1888 s’avèrera un site néolithique avec l’identification de son mobilier archéologique réétudié par l’Abbé Breuil.
Seul le site du « Pas du Loup »(commune de St Léger-du-Ventoux) propose un possible rattachement au Paléolithique Supérieur avec la découverte, en 2009, de quatre restes humains – deux individus – attribuables à Homo Sapienset des restes fauniques dont « les collectes limitées à un ramassage de surface ne permettent aucune conclusion si ce n’est au vu du contexte karstologique et la fossilisation importante de ces ossements, qu’un âge Pléistocène prévaut »(Crégut-Bonnoure, 2011).

Le Mésolithique a bénéficié d’une opportunité et de méthodes d’investigations actuelles au cours de l’année 2010 sur le gisement du « Cimetière » sur la commune de Brantes. Anciennement diagnostiqué par J. Barrau (Barrau, 1972, 1973) et pour lequel, nous n’avions qu’une localisation approximative, ce site fût redécouvert lors travaux d’aménagements de la route départementale RD 40.

C’est aujourd’hui le seul site post glaciaire du Mésolithique Récent répertorié et fouillé (fouille de sauvetage) dans la vallée du Toulourenc.

La présence d’une lentille cendreuse, longue de  plus de quatorze mètres pour soixante centimètres de puissance environ, composée de 3 niveaux archéologiques, a permis de formaliser l’étendue  approximative du site, de relever la stratigraphie, de juger de la sédimentologie, de récupérer divers types de mobiliers (Brochier/André, 2010) et de découvrir les phalanges d’un squelette humain juvénile (les 2 mains superposées, accompagnées en dépôt sépulcral, de trois lamelles de silex blond), ce qui « lié à proximité des objets de parure [craches de cerf]ajoute un intérêt évident à la collection »(Chauvière, 2011).

Les cultures du Néolithique

L’étude de l’occupation de ce territoire montre une très importante présence pour les périodes culturelles de la Préhistoire Récente, depuis le Néolithique Ancien jusqu’au Néolithique Final. Cette particularité, commune à la micro-région considérée, est à mettre en relation directe avec l’exploitation des immenses gisements de silex du massif du Rissas (flanc nord du Mont Ventoux) et ceux du plateau de Sault. Ce déterminisme géologique a joué un rôle important dans les choix de fréquentation/implantation de cette vallée.

À ce jour, une trentaine de sites sont répertoriés depuis la source de ce cours d’eau jusqu’à son embouchure avec toutefois une concentration évidente dans la cuvette de Veaux (communes de Malaucène et Mollans-sur-Ouvèze).

Si le Néolithique Ancien se limite à quelques « empreintes » sur le site du Moulin à Barret-de-Lioure, le Néolithique Moyen est quant à lui omniprésent dans la vallée.

En remontant le Toulourenc, les espaces reconnus de cette culture se diversifient. Les surfaces assujetties se distinguent par une multitude de terroirs différents, très inégaux en surface comme en richesse archéologique.Le statut de ces sites reste toutefois difficile d’appréhension à l’exemple des différents locus repérés aux environs de la cuvette de Vergol, du site de La Tuilière, (commune d’Aurel), du ravin de Briançon (commune de Reilhanette) ou à Roche Guérinet Ravin de la Cèpesur la commune de Savoillans. Loin de définir de réels sites, ces terroirs apparaissent ainsi marqués par des occupations et/ou des fréquentations systématiques, ordonnées, au regard de leurs atouts naturels.

Le Néolithique Final et le Chalcolithique trouvent essentiellement leurs repères archéologiques en mode sépulcral, reconnu en petites cavités naturelles à l’exemple de celle, haut perchée et d’accès scabreux, en dessus la chapelle de Notre Dame des Anges (Gallician, 1978 n° 5 – commune de Mollans-sur-Ouvèze), probablement de celle aussi de la Grotte duRavin de Roche Vieille à Reilhanette (Gallician, 1978 n° 122) ou desépultures dans des chaos d‘éboulis en bas de pente(le Géas à Montbrun-les-Bains) ou bien encore des cavités anthropiques, tels les hypogées du Perpétairide Mollans-sur-Ouvèze qui furent les premières à faire l’objet d’investigations.

Les Âges du Bronze

La forte anthropisation de cette vallée renvoie une fois de plus à des récurrences d’occupations/fréquentations de lieux où se côtoient les témoins archéologiques du Néolithique Final/Chalcolithique avec ceux des Âges du Bronze.

Les Âges du Bronze sont essentiellement riches en mobiliers céramiques à décors digités, mais aussi avec la découverte (grotte Levant de Leaunier– commune de Malaucène) des deux valves d’un même moule portant sur ses deux faces les empreintes gravées de haches à ailerons associées à un couteau à soie pour une face et une aiguille pour l’autre (Catelan, 1920), de pointes de flèche dont une fichée dansun sternum de chamois, dans l’Aven du Vieux Chamois, commune de Brantes (Crégut-Bonnoure, 2005).

Protohistoire

Concernant la période protohistorique (à partir de 750 ans av J.C), nous retiendrons ces trois témoignages :

  • Le descriptif visuel, le seul connu à ce jour, d’une des fameuses « sculptures monstrueuses salyennes »découverte à Roche Guérin, commune de Savoillans, une « tête de lion dévorant, la gueule ouverte. La mâchoire inférieure a disparu. La crinière est ordonnée, sur le sommet de la tête et sur la nuque, en grosses ondulations »(Fernand Benoit, 1955).
  • « La grotte de l’éléphant d’Hannibal » (commune de Mollans-sur-Ouvèze), où selon les termes mêmes de Paul Belin, 1984, le découvreur, était tracé probablement au charbon de bois, sur une coulée stalagmitique, « Un [l’éléphant]est tourné vers l’entrée… en contour sobre. L’oreille, figurée, est celle d’un éléphant d’Afrique. L’œil est dessiné par un angle dont l’ouverture est dirigée vers le bas. L’extrémité de la trompe est enroulée. Les défenses ne sont pas représentées ».

À quelques pas de là, un ensemble de dessins du même trait figuraient deux scènes plus     complexes représentant des personnages et des animaux très fortement stylisés, en « personnages bâtons ». Selon ce même auteur, ils évoquaient un « couple homme-animal saisi en plein mouvement […], l’homme poussant devant lui un probable bovidé », un « animal porteur avec conducteur ».

  • Une pointe de flèche du groupe des pointes en tôle, de type du Bourget, Âges du Fer, découverte elle aussi dans un aven du flanc nord u Mont Ventoux (Crégut-Bonnoure, 2005).

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 ARCHIVES

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