Les Ayguiers et le Châtelard de Mollans-sur-Ouvèze

Les abris des Ayguiers se nichent dans la barre rocheuse qui supporte la colline du Châtelard. Cette colline fût formée par les dépôts successifs de sédiments burdigaliens charriés par les flux et reflux des différentes mers miocènes, il y a environ 23 millions d’années. La paléo Durance (Montenat et al, 2000) et probablement L’Ouvèze entailleront beaucoup plus tard cette masse rocheuse et créeront cette enfilade d’abris.

Les frères Louis et Auguste Catelan (Catelan, Archives), pionniers de la préhistoire locale, seront les premiers à parcourir ces grottes pour y découvrir des éléments d’occupations humaines pré et protohistoriques. Ils collecteront une très belle industrie lithique du Néolithique Moyen (environ – 4500/-3500 a.v. J.C) : lames, lamelles, nucléus et, quelques reliquats de faune dont des dents de castors. Le matériau siliceux est d’une très grande fraicheur de préservation, identifiable au silex « blond » de la combe de Leaunier à Veaux. L’industrie céramique découverte par les frères buxois est plus tardive avec ses décors incisés en V ou lignes parallèles, attribuable au Chalcolithique/Bronze Ancien, soit environ – 2500 a.v. J.C.

En 1983, le Docteur Claude Bernard de Buis-les-Baronnies mentionne le site des Ayguiers dans un article paru dans les Cahiers Drômois. Il semble avoir effectué quelques prospections et ramassages de surface sur ce site :« lame de silex type feuille de saule dans les grottes de l’Ayguier »,mais le matériel n’a malheureusement pu être retrouvé. (Bernard, 1983).

Implanté à 581 m de hauteur, l’oppidum du Châtelard, en surplomb des bassins de Mollans-sur- Ouvèze et de Pierrelongue, domine et verrouille la moyenne vallée de l’Ouvèze. Il est également signalé pour la première fois en 1983 par le Docteur Claude Bernard.

Cette implantation de hauteur a fait l’objet d’une première étude publiée par Yves Girard dans la revue « Terres Voconces n° 7 »(Girard, 2005). Ce dernier y distinguait trois remparts et les attribuait à la Protohistoire, au début des Âges des Métaux. Le site fût ensuite prospecté dans le cadre d’une thématique sur les sites fortifiés de hauteur des Âges du Fer (Serrières/André, 2006).

En 2007, une courte opération de sondages et, de relevés topographiques, permirent un repérage complet des tracés des différents remparts ; les sondages apportant quelques éléments de réponse dans la diachronie d’occupation.

En l’état, le site du Châtelard correspondrait assez bien aux données du Midi de la France. Il intègre la « civilisation des oppida » de la Gaule méditerranéenne occupés de manière oscillatoire, plus particulièrement à partir de – 600 ans a.v. J.C. Un grand nombre de ces oppida est ensuite abandonné, entre les IVet IIIsiècles av. J.-C.

Le Châtelard n’est pas un site isolé. La moyenne vallée de l’Ouvèze possède d’autres sites de hauteur, naturellement fortifiés et présentant régulièrement des aménagements défensifs créés par la main de l’homme ex : Le flanc Nord du St Julien à Buis les Baronnies et surtout les énormes remparts du Bois d’Aye (alt. 623 m), à Mérindol les Oliviers, compléments indispensables du Châtelard en commandant l’accès à la vallée de l’Ayguemarce, autre itinéraire de circulation. À cela s’ajoutent les sites de hauteur du Vaisonnais dont les Courrens à Beaumes-de-Venise et le Clairier à Malaucène.

Bibliographie

BERNARD, C., (Docteur), 1983 « Les Cahiers Drômois »n° 7, pp.68-70

CATELAN, L., et A., Archives Catelan : CD Rom du Gardenotes Baronniard. Fonds Arlaud 2000 et 2001. Archives communales de Buis les Baronnies.

GIRARD, Y., 2005 « Deux mille ans avant l’histoire » inTerres Voconces n° 7, pp. 39-64

MONTENAT et al, 2000 « La sédimentation miocène au Nord des massifs de Ventoux-Lure (chaînes subalpines méridionales) » in Géologie de la France n° 3, pp. 3-32, 20 fig., 1 tabl.

SERRIERES, L., et ANDRÉ, P., 2006 « Les sites fortifiés de hauteur des âges du Fer dans les Alpes du Nord, départements de la Drôme, de l’Isère et de la Haute Savoie »Rapport de prospections, document SRA Région Rhône-Alpes, 113 pages.