Le site préhistorique de Perponcher

Le site préhistorique de Perponcher- commune de Propiac – Drôme

Au croisement des routes départementales D 147 et D 523 s’élèvent en éventail les marnes de Perponchersur la commune de Propiac. Ces marnes noires et feuilletées interpellent tous les regards et il n’est pas rare d’y rencontrer, marteau en main, des élèves en géologie avec leur professeur, des promeneurs curieux ou des photographes attirés par les jeux de lumières des ravins.

Le passage en col à ce croisement distribue le partage des eaux vers l’Ouvèze au levant via le ruisseau du Rieu de l’Aval et au couchant par le ruisseau des Jonchiers, affluent de gauche l’Ayguemarce.

Le site archéologique de Perponcherse trouve donc sur la voie naturelle de ces cours d’eau qui relient via les cols de Vote etde Milmandreles deux principales rivières du Sud de la Drôme : l’Ouvèze et l’Aygues.

Le toponyme de Perponcherviendrait, selon les frères Catelan dePer Pouet qui signifierait Pré pointu. De nos jours, le terme même de Perponcher n’est plus connu, ni utilisé.

Reste cependant dans la mémoire collective le terme de Grand Pré, à une époque déjà ancienne où, les troupeaux de chèvres et de moutons se contentaient d’une végétation rare parmi les profonds ravins décharnés et déchiquetés de la station.

Ce passage, position géographique sans nul doute stratégique, fut de tout temps très emprunté. Sur place et alentours, la répartition et le positionnement des multiples sites archéologiques de la lointaine préhistoire jusqu’aux périodes historiques : établissements gallo-romains, mottes féodales, châteaux, chemins de transhumance ou refuges de la Résistance confirment de l’intérêt réel de ces itinéraires.

Les gallo-romains ont laissé les traces de quatre fours tuiliers disséminés dans les marnes de ce site ; ce qui implique des ressources abondantes en bois, terre argileuse et bien sûr en eau.

Aujourd’hui encore, une source jaillit épisodiquement au passage de ce col (col de Beauvoisin) et, le petit hameau des Jonchiers (étymologiquement : joncs) évoque en lui-même de l’abondance de ce bien précieux.

L’aspect géologique du site a été décrit en 1925 par les frères Catelan comme :

« La plus haute terrasse visible constituait le fond de la vallée primitive avant le premier creusement inter-glaciaire. Les petits plateaux de Perponcher et de Mange-Lièvre continuaient le profil doux des pénéplaines de St Denis, Proyas et Beauvoisin. »

Dans l’un de leurs « carnets de notes préhistoriques », ils proposent même un croquis simplifié de la « Station de Perponcher à Pré chauvin. »

Cette haute terrasse ou plateau a subi plusieurs cycles d’érosions, de ravinements, de colluvionnements. Par ailleurs, nous pouvons affirmer que les gros blocs de rochers récemment délogés du sommet des deux principales buttes marneuses à grands coups de bulldozer ont pour origine des décrochements issus de la montagne de La Beaume Noire.

C’est précisément sur ces buttes, restes de terrasses, que se révèlent les reliquats des zones d’occupations préhistoriques de Perponcher; l’actuel cycle d’érosion emportant vers les ruisseaux du Rieu de l’Avalou celui des Jonchiersle mobilier archéologique de ces lointains occupants.

Le Docteur Claude Bernard, du Buis, enfant, qui connut les frères Catelan pour les avoir accompagnés dans leurs prospections dès 1919, écrira en 1982 dans le bulletin de l’association : « les Amis du Buis et des Baronnies »que le site de Perponcherrecèle par endroit :

« …de nombreuses venues (affleurements de trainées blanchâtres)de sels qui ont certainement attiré les préhistoriques. »

Si au travers leur publication de 1925, Auguste et Louis Catelan, décrivent de façon détaillée et remarquable le cadre géologique du site, ils restent cependant très « discrets » sur le positionnement de leurs sondages et de leurs découvertes :

                                              « Quoique toutes les collines et leurs soubassements ne semblent former qu’une grande station préhistorique, la variété de leur industrie lithique nous force à établir des sous-stations »……dont la butte marneuse voisine dite de L’inguintière aujourd’hui réduite à un pan rachitique.

Le Docteur Claude Bernard reconnaîtra lui-même :

« Nous ne connaissons que très imparfaitement les travaux effectués par les Catelan sur le terrain. »

À l’époque des frères Catelan, la « Station de Perponcher »représentait un vaste site archéologique. Aujourd’hui après les multiples remodelages dû aux travaux agricoles, elle s’étend néanmoins sur prèsde 400 m de long et environ de 250 m de large, les vestiges archéologiques y étant devenus extrêmement rares.

En 1945, d’autres préhistoriens, comme Messieurs Gagnière, Gauthier, Héritier, Veyrier s’intéresseront aux lieux mais, aucune autre mention de découverte nouvelle ne sera faite.

Le professeur H. de Lumley, en 1962 et 1969, visitera à son tour le site en compagnie du Docteur Claude Bernard mais, ce n’est qu’en 1980 que M. Maurice Paccard alors correspondant régional de la Direction des Antiquités Préhistoriques retrouvera, dans les réserves du Musée Calvet d’Avignon, le mobilier récolté par les frères Catelan sur le site de Perponcher.

Cette « re-découverte » fera l’objet d’une publication signée Maurice Paccard et Claude Bernard.

Au cours des années 2002/2005, alors qu’un bulldozer modifiait de nouveau la morphologie du site, l’un d’entre nous synthétisait pour le compte du Service Régional de l’Archéologie de la Région Rhône-Alpes, l’ensemble des découvertes passées et récentes. De nombreuses séances de prospection pédestre et une reprise de l’étude du mobilier anciennement récolté ont enrichi de nouvelles données archéologiques la chronologie de l’occupation de ce site.

Nous pouvons donc aujourd’hui confirmer, pour les différentes périodes préhistoriques, que ces marnes austères furent occupées sinon fréquentées du Paléolithique Moyen au Néolithique en passant par les phases terminales du Paléolithique Supérieur, soit un espace temps long de plus de 40 000 années représentait par plusieurs milliers pièces essentiellement constituées de silex taillés.

Reste pourtant une question. Que pouvons nous entrevoir, imaginer, concernant le volume des témoins archéologiques disparus, emportés, dispersés, depuis des temps immémoriaux par les pluies torrentielles ravinant ces marnes abruptes ?

Il n’est point difficile d’admettre que le site de Perponcherest certainement le plus imposant lieu pluri-culturel préhistorique connu à ce jour dans le moyen bassin de l’Ouvèze et ce uniquement ou presque à partir de collectes de surface.

D’ailleurs, les frères Catelan eux-mêmes écrivaient dans le Bulletin de la Société d’Archéologie et de Statistique de le Drôme en 1914 :

« On trouve des silex de Sans-Regret à Perponcher en passant par St Denis, Ferrus, Proyas, mais surtout à Perponcher »etconcluaient en disant :

« En somme notre station est du plus grand intérêt pour la géologie et la préhistoire par sa situation et son industrie. »

BIBLIOGRAPHIE

ANDRÉ, P., 2005 « Les sites préhistoriques de Perponcher »Rapport de prospections SRA Région Rhône-Alpes 25 pages

ANDRÉ, P., 2005 « À propos des fours tuiliers romains de Perponcher – commune Propiac – Drôme »Rapport SRA Région Rhône-Alpes 4 pages

BERNARD, C., Docteur, 1982 « les amis du Buis et des Baronnies »Bulletin n° 41, 3eTrimestre, et « Les cahiers drômois » n° 7

CATELAN, L., et A., 1914 « Le Préhistorique au Buis-les-Baronnies »etExtrait d’une lettre adressée à Mgr Charles Bellet, Président, inBulletin de la Société d’Archéologie de la Drôme. Tome XLVIII, pp. 214-226.

CATELAN, L., et A., 1925 « Station Aurignacienne de Perponcher »Extrait du Bulletin de la Société d’Archéologie de la Drôme Tome LIX, pp. 72-80.

GALLICIAN, A., 1978 « Atlas Préhistorique du Midi méditerranéen. Feuille de Nyons », n° 64 Station de l’Inguintière et n° 65 Station de Perponcher, pp.49-50,  Edition CNRS

PACCARD, M., et BERNARD, C., Docteur 1980 « Station de Perponcher à Propiac Drôme »fasc. 18 Nouvelles Archives Musée Guimet Lyon 1980, pp 41-56.

SOURCES DOCUMENTAIRES et ARCHIVES

  • Service des archives de Buis-les-Baronnies
  • CD Rom Archives Catelan Fonds Arlaud du « Gardenotes Baronniard »2001
  • J.C., 2018 : Catalogue Inventaire collections Pierre André. Dépôt Couvent des Ursulines Buis-les-Baronnies.75 pages.
  • Musée Calvet -Avignon.